FRANCAIS

L'histoire en tant que science et champ d'études est en pleine mutation.
Grâce aux apports constants de l'archéologie, de la génétique, ainsi qu'à la confrontation avec d'autres sciences humaines (anthropologie, sciences sociales) ou "sciences dures" (démographie, biologie, statistiques) ce que l'on pensait acquis sur l'histoire et la généalogie des peuples est constamment enrichi et remis en question.
Ce blog a pour objet d'informer sur certaines découvertes qui modifient (ou pourraient modifier) nos connaissances sur nos ancêtres, des premiers homo sapiens jusqu'à nos grands-pères...


ENGLISH

History as a science and a field of study is undergoing significant changes.
Thanks to the contribution of archaeology, genetics, as well as exchanges with other human sciences (anthropology, social sciences) or "hard sciences" (demography, biology, statistics), historical and genealogical facts that were once considered to be established or "written in stone" are now being questioned, revised and enriched.
The aim of this blog is to inform and discuss current discoveries that modify (or could modify) what we know about our ancestors, from the first homo sapiens to our grandfathers...



mercredi 20 février 2019

DEUX CAPS SYMBOLIQUES ET DEUX MISES AU POINT

J'ai passé ce matin un cap symbolique, celui des 30.000 fiches dans ma base généalogique. Pas grand chose après plus de 20 ans de recherches diront ceux qui fusionnent des fichiers à tour de bras sans vérification et sans élimination des doublons... Mais pendant toutes ces années j'ai eu une vie en dehors de la généalogie, ainsi que trois enfants en cinq ans qui ont rendu depuis la descendance bien plus active que l'ascendance... Par ailleurs, ma base est relativement "propre", toutes les fiches ont été entrées manuellement et il y reste très peu de doublons (je continue d'en éliminer tous les jours) et très peu de fiches sans lien (sauf intérêt particulier de ma part).

En parallèle, et à l'aide des statistiques d'implexe de mon logiciel BASGEN (merci Jean-Marie Bourrez!), j'avais récemment remarqué que je m'approchais également d'un autre cap, celui des 100.000 rattachements à Charlemagne pour mes enfants.

Du coup, je dois avouer que j'ai passé ces derniers jours à "faire du chiffre" et à chercher à passer ENSEMBLE ces deux caps, en délaissant les recherches sur la noblesse sicilienne sur laquelle j'étais plongé depuis plusieurs mois pour cibler prioritairement les ascendants nobles issus du quart nord-est de la France, les plus susceptibles géographiquement de posséder des ancêtres carolingiens...

Mon double objectif a été atteint... Ce matin j'ai créé la 30.000e fiche de ma base (pour info Waldrada, épouse de Lothaire II de Lotharingie et mère de Berta, épouse de Theobald d'Arles) et mes enfants descendent à ce jour 109.765 fois de Charlemagne. Ces rattachements sont très également répartis: 67 fois grâce à moi et 109.698 fois grâce à ma compagne 😊 Dans son cas l'arrière-grand père noble sicilien aide beaucoup...

Pour l'anecdote, mes enfants descendent aussi à ce jour 34.665 fois de Foulques d'Anjou, 18.054 fois d'Hugues Capet, 8.596 fois de Baudouin I de Flandre (pour lequel j'ai apporté ma modeste contribution), ou 5.374 fois de Tancrède l'ancien de Hauteville, un ancêtre de mes enfants qui m'est cher après avoir visité le château de la dynastie normande de Sicile à Palerme et avoir dévoré la série de romans historiques "Le sang des Hauteville" de Michel Subiela.
Mes enfants descendent également 770 fois du méchant croisé Renaud de Châtillon, 611 fois d'Aliénor d'Aquitaine, 402 fois de Rodrigo Diaz de Vivar, le fameux "Cid", 335 fois de Frédéric II de Souabe, empereur d'Allemagne et roi de Sicile, un autre ancêtre dont j'aimerais que mes enfants partagent le respect et la tolérance envers les religions et les cultures, ou 138 fois de Simon de Montfort l'exterminateur d'Albigeois. Par contre seulement 2 fois de Saint Louis par son fils Philippe III le Hardi qui a une descendance dans le royaume de Naples via son arrière-petit-fils Louis de Tarente...

Tout cela m'a mis un peu de baume au coeur après le bon "coup sur la cafetière" reçu il y a un mois quand mon ami Christian Settipani m'a annoncé que, sur la base de nouvelles informations dénichées par lui, il fallait oublier le rattachement de Maria Tocco à Leonardo Tocco et son épouse Miliça Brankovic (voir mon post précédent), Maria descendant plutôt de Giovanni Tocco, le frère de Leonardo. Ce changement d'aiguillage me faisait "perdre" ainsi toute la prestigieuse ascendance byzantine et arménienne de Miliça Brankovic.
Autre (petite) déception de ces dernières semaines, depuis mon bilan généalogique rédigé fin 2018,  on ne trouvait finalement pas parmi les ancêtres irlandais de l'épouse de Guillaume le Maréchal (voir également mon post précédent) les rois d'Irlande du clan O'Neill, le plus prestigieux de l'île.

La généalogie est ainsi faite de poussées d'adrénaline alternant avec des retours à des réalités moins romanesques. Pour ne parler que des branches nobles de ma compagne, sur lesquelles je travaille depuis 2008, j'ai ainsi , pendant quelques jours, quelques mois ou parfois quelques années, considéré comme sosas des personnages aussi variés que Lorenzo de Médicis "le Magnifique", Hernan Cortès, le pape Borgia, Philippe le Bel (pour lui je ne désespère pas de retrouver encore un rattachement) ou Gengis Khan, oui, oui Gengis Khan via une descendance à Byzance... Mais pour tous ceux ci j'ai dû un jour ou l'autre déchanter en découvrant des documents additionnels remettant en cause les filiations que je croyais gravées dans le marbre. Ils ont encore leurs fiches dans ma base mais ont rejoint la catégorie des personnages historiques et non la galerie des ancêtres...

A la lecture de ce post, j'imagine que certains lecteurs pourraient avoir deux types de critique: 
1) à part considérer sans esprit critique toutes les filiations folkloriques ou inventées de la noblesse, il est impossible d'arriver à autant de rattachements à Charlemagne  
2) Monsieur Barbry est un vaniteux qui ne s'intéresse qu'aux branches nobles de l'ascendance de ses enfants
Laissez moi répondre à chacune des deux en quelques mots...

Commençons par les rattachements à Charlemagne. Effectivement, plus de 100.000 remontées vers l'empereur des Francs peuvent sembler irréelles au généalogiste qui ne s'est pas trouvé d'ancêtres nobles ou à celui, comme moi, qui se rattache péniblement à quelques filiations nobles dont deux ont la chance de remonter aux familles carolingiennes (d'où mes 67 liens avec Charlemagne...). Mais dans le cas de mes enfants, il faut garder en tête qu'ils ont un arrière-arrière grand père noble sicilien. Et en Sicile comme ailleurs, les nobles se mariaient essentiellement entre eux. Imaginez du coup le nombre de sosas et de branches nobles qu'il est possible de remonter. Par ailleurs, en raison de l'histoire particulière de la Sicile, on y trouve des voies d'accès plus favorables que dans d'autres régions pour accéder à la haute noblesse carolingienne: de nombreux fils illégitimes des rois d'Aragon à toutes les générations font souche dans l'île, ainsi que de nombreux descendants de familles de croisés de la France du nord, géographiquement plus liée à la descendance de Charlemagne, ou des cadets de très bonnes familles allemandes,  italiennes, françaises ou espagnoles. Par ailleurs, l'endogamie de la haute noblesse est encore plus forte que l'endogamie de la noblesse de manière générale, notamment pour les siècles plus reculés où cette noblesse avait moins été touchée par les chocs économiques et avait donc moins besoin de nouer des alliances matrimoniales avec la riche bourgeoisie d'affaires... Quelques exemples pour illustrer concrètement ces réflexions générales: mes trois rejetons descendent ainsi par 6 enfants différents de Francesco Ventimiglia, comte de Geraci en Sicile, qui descend de Charlemagne via les Nevers-Craon, de 4 enfants différents de Louis VI roi de France, ou de 5 enfants de la carolingienne Agnès de Vermandois mariée à Bonifazio del Vasto. Baudouin IV de Hainaut est un ancêtre par 4 de ses enfants et, de son fils Baudouin V, mes enfants descendent par 4 voies différentes. Il y a aussi des cas comme la famille de Brienne dont mes enfants descendent à chaque fois de 2 ou 3 façons différentes sur 7 générations successives...
Tout cela pour dire que sur la quarantaine de générations séparant mes enfants de Charlemagne, les implexes s'ajoutant les uns aux autres à toutes les générations, le compteur peut vite monter...

La vanité des ancêtres nobles ensuite. Tout d'abord que me jette la première pierre le/la généalogiste qui n'a jamais frétillé à la perspective d'un(e) ancêtre noble qui lui permette une plongée dans le passé, la petite histoire et parfois la grande Histoire. Je pense que ce frétillement est une réaction totalement naturelle, après tout l'objectif premier du/de la généalogiste est de faire remonter son arbre le plus loin possible, et l'avantage (et donc l'attrait) des ancêtres nobles c'est qu'ils permettent généralement des remontées plus anciennes (et plus fournies en actes divers) que pour la très grande majorité de nos ancêtres habituels.
Ensuite, en beaucoup de généalogistes sommeille l'amateur/l'amatrice d'histoire. Et se retrouver doté d'un ancêtre dont on connaît l'existence et les soubresauts de vie au travers des cours d'histoire ou de ses lectures crée un lien "personnel" et quasi charnel qui aiguise la curiosité. Pour moi en tout cas, je ne lis plus de la même manière "Les rois maudits" depuis que je sais que Robert d'Artois est un ancêtre, je ne regarde plus de la même manière le film "Kingdom of Heaven" en sachant que Balian d'Ibelin et Renaud de Châtillon sont des sosas... Et cela n'a rien à voir avec le prestige éventuel de l'ancêtre en question, débroussailler une obscure lignée de petite noblesse et mettre au jour une personnalité injustement oubliée par la grande Histoire me procure très souvent bien plus de satisfactions.
D'autre part, après 20 ans de généalogie (dont 17 loin des sources primaires) il faut bien dire que trouver un ancêtre direct qui ne soit pas noble est devenu pour moi de plus en plus difficile. J'ai, pour la majorité des branches, atteint la limite de ce qu'il était possible de tirer des sources traditionnelles (registres paroissiaux et actes notariés principalement). Bien sûr, il reste un certain nombre d'autres types d'actes à consulter mais, outre que je suis loin de ces sources et que celles-ci font très rarement l'objet de dépouillements et de relevés, ce travail relève de plus en plus de l'activité du chercheur d'or qui brasse des kilos de sable à la recherche des paillettes brillantes. Or, dans cette période actuelle de ma vie, le temps libre est une ressource rare et chère... Il est donc plus profitable pour moi d'utiliser cette ressource précieuse à faire des recherches sur des filiations nobles où les sources d'information sont multiples et où il me reste encore beaucoup à faire. Mon activité généalogique est alors très différente car elle s'apparente plus à une analyse et une confrontation de sources imprimées, souvent universitaires. Mais la dimension "chercheur d'or" est toujours présente, car il faut en effet de solides capacités pour séparer le bon grain de l'ivraie lorsque l'on navigue parmi les filiations nobles, notamment pour faire le tri dans que l'on trouve à ce sujet sur internet...
Enfin, et ce n'est pas le moindre des arguments, les pérégrinations à travers la grande toile de la noblesse européenne (car c'est l'avantage de la Sicile de mener à toutes les noblesses européennes) satisfont mon goût d'exotisme qui restait frustré de l'homogénéité géographique de mes propres ancêtres. Rien ne peut me faire plus plaisir que de compter parmi les sosas de mes enfants Violante Gonzalez dont l'Inquisition déterre les ossements en 1491, 25 ans après sa mort, afin de les brûler pour présomption de cryptojudaïsme, Juan Sanchez, cerveau du complot qui assassine l'inquisiteur de Saragosse, brûlé en effigie car ayant fui vers la Sicile où il créera une des premières banques de l'île, Abu Zayd Abd Ar-Rahman, dernier roi almohade de Valence avant la conversion forcée de sa famille, la famille Laskaris de Byzance dont les ancêtres sont kurdes, Sheiman, khan des Khumans, tribu des steppes, dont la fille épouse Etienne V roi de Hongrie, ou Gabriel de Melitene, gouverneur arménien dans l'empire byzantin...

Bref, tous les types de recherche me vont et me procurent du plaisir, mais en ce moment présent, il est plus aisé pour moi de faire avancer des filiations nobles...