FRANCAIS

L'histoire en tant que science et champ d'études est en pleine mutation.
Grâce aux apports constants de l'archéologie, de la génétique, ainsi qu'à la confrontation avec d'autres sciences humaines (anthropologie, sciences sociales) ou "sciences dures" (démographie, biologie, statistiques) ce que l'on pensait acquis sur l'histoire et la généalogie des peuples est constamment enrichi et remis en question.
Ce blog a pour objet d'informer sur certaines découvertes qui modifient (ou pourraient modifier) nos connaissances sur nos ancêtres, des premiers homo sapiens jusqu'à nos grands-pères...


ENGLISH

History as a science and a field of study is undergoing significant changes.
Thanks to the contribution of archaeology, genetics, as well as exchanges with other human sciences (anthropology, social sciences) or "hard sciences" (demography, biology, statistics), historical and genealogical facts that were once considered to be established or "written in stone" are now being questioned, revised and enriched.
The aim of this blog is to inform and discuss current discoveries that modify (or could modify) what we know about our ancestors, from the first homo sapiens to our grandfathers...



mardi 23 août 2011

La formation du comté de Flandre par Vanderkindere

J’ai souhaité enrichir l’analyse des débuts du comté de Flandre par le chanoine Platelle (voir mon post précédent) en puisant des informations à d’autres sources éclairées sur le sujet, en particulier le grand classique du professeur Léon Vanderkindere « La formation territoriale des principautés belges au Moyen Age » publié à Bruxelles en 1902, qui reste une base essentielle pour qui s’intéresse à l’histoire de la Flandre des deux côtés de la frontière franco-belge.

La Flandre ballottée au sein des empires carolingiens

Il ressort clairement de cet ouvrage que la Belgique, pendant tout le Moyen Age, a été partagée entre les deux royaumes de France et d’Allemagne issus de l’empire carolingien. Cependant, la répartition des territoires entre les fils de Louis le Débonnaire ne cessait de changer et de modifier les frontières, et « ces modifications incessantes troublaient profondément l’administration et ne laissaient guère s’enraciner les sentiments de fidélité dans le cœur des sujets ».
On en arriva à l’année 843 et au fameux traité de Verdun, exceptionnellement important pour l’histoire du nord de la France et de la Belgique. Non pas parce qu’il était destiné à demeurer définitif mais parce que l’Escaut, qui était définie comme ligne de séparation entre la France et l’Allemagne dans ce traité, le demeura pendant des siècles. Le traité entérina la possession par Charles le Chauve de la France actuelle et de la Belgique jusqu’à l’Escaut. Des duchés historiques furent coupés arbitrairement car ce traité, comme ses prédécesseurs et successeurs, cherchait avant tout à faire des « parts à peu près équivalentes. Il ne s’inquiétait ni du caractère ethnique des populations, ni de l’organisation civile et religieuse en place ». Le traité de Meersen d’août 870 confirma la possession de la plus grande partie de la Belgique actuelle par les Carolingiens de France, mais dix ans plus tard la situation était renversée.
A la mort de Louis le Bègue en avril 879, les Rois de la Francia Orientalis (l’Allemagne en quelque sorte) prirent possession de la Belgique entre le Rhin et l’Escaut, mais le marquisat de Flandre demeurait aux fils de Louis le Bègue.

Comment se construit un comté…

Venons-en d’ailleurs à la Flandre ou aux Flandres… Vanderkindere rappelle que les Flandrae sont citées dans la Vie de Saint Eloi dont l’auteur Saint Ouen est mort en 683, et que c’est la forme plurielle qui est presque seule employée au IXe siècle. Le comté primitif de Baudouin « Bras de fer » correspondait sans doute aux doyennés de Bruges, Oudenburg et Aardenburg mais d’autres fonctionnaires royaux partageaient avec lui la région qui devint plus tard le marquisat de Flandre. « Lorsque le traité de Verdun eut, en 843, donné l’Escaut pour limite au royaume occidental, Charles le Chauve reprit la tradition de Charlemagne et, dans cet angle avancé de ses Etats, il constitua un gouvernement militaire, embrassant sous le nom de marche toute une série de cantons. Ce fut l’origine du marquisat de Flandre dont le premier titulaire fut Baudouin ». Dès sa formation, le marquisat comprenait les pagi de Waes, Gand, Courtrai, Tournai, le Mélantois et la Pévèle, par contre l’ancien pays des Atrébates (constitué autour d’Arras) en était certainement exclu. Il n’y a pas de texte qui permettrait d’affirmer que Baudouin 1er et Baudouin II aient porté le titre de marquis, c’est à partir d’Arnoul 1er que l’on trouve cette qualification, souvent couplée à celle de comte (comes) qui était plus ancienne et recouvrait d’autres attributions, davantage judiciaires et administratives.
Vanderkindere, comme Platelle, estime que Baudouin II dit le Chauve « sut mettre à profit les dissensions qui affaiblissaient l’autorité royale pour agrandir son territoire ». Il s’empara ainsi de la place d’Arras en 892 au nez et à la barbe -fleurie- du roi de France Eudes qui la convoitait. Baudouin en fut néanmoins expulsé par Charles le Simple en 899.
Arnoul 1er reprit le flambeau de son père avec plus de succès encore, consolidant et étendant son héritage par une politique habile, énergique et parfois dépourvue de morale. En effet, « rien dans l’organisation politique des anciens royaumes francs ne semblait stable et définitif ; l’audace triomphait aisément d’une légalité incertaine ». Le comte de Flandre, pour contrebalancer les ambitions françaises dans son pré carré se tourna vers l’empereur allemand Otton 1er dont il sera le constant allié, et soutiendra régulièrement les adversaires du roi de France. Parmi les territoires de ce dernier, le comte Arnoul convoitait en effet l’Artois, l’Ostrevant, l’Amiénois et le Ponthieu. Il arriva en grande partie à ses fins en acquérant Arras et Douai.
Mais, menacé par l’étendue et la cohésion croissante du comté renforcé par Arnoul, le roi de France Lothaire -monté sur le trône en 954- profita de la vieillesse de son adversaire et du décès subit de son héritier désigné Baudouin III pour renforcer son contrôle sur la Flandre et « la mutiler » dixit Vanderkindere : il envahit la région en 965 et reconquit l’Artois, l’Ostrevant et tout le pays jusqu’à la Lys. Les conquêtes d’Arnoul 1er étaient annulées. Vanderkindere estime cependant que la confiscation de la partie méridionale du comté ne fut que temporaire et que le roi de France Lothaire les remit au jeune comte Arnoul II, successeur de son grand père Arnoul 1er. Mais la date de la remise est encore débattue par les historiens.

Pour Vanderkindere, le règne de Baudouin IV, successeur d’Arnoul II, « montra une évolution remarquable de la politique flamande ». Les ambitions du nouveau comte se tournaient désormais vers la Lotharingie, et plus précisément vers les marches défensives constituées par Otton 1er sur la frontière de l’Empire. Baudouin tenta sans réussite de prendre Valenciennes par les armes mais l’Empereur ne lui en tint pas rigueur et pour s’attirer l’alliance du comte de Flandre, il lui remit la ville en fief. Ce don, qui donnait naissance à la Flandre impériale, eut lieu aux alentours de l’an 1010.


Un comté qui s’organise en interne

Baudouin IV innova également sur le plan intérieur en organisant les châtellenies qui lui permettaient de « s’assurer dans toute la partie septentrionale du pays la subordination directe et complète des seigneurs qui pour certains (Tournai et Courtrai notamment) avaient jusqu’alors conservé le rang de comtes ». Ces châtellenies prenant alors la place des anciens pagi. On note sur ce point particulier une divergence d’interprétation entre Platelle et Vanderkindere. Pour le premier nommé, le comte dut s’accommoder d’un émiettement territorial au sein de son comté (voir la fin de mon post précédent) alors que pour Vanderkindere, il semblerait que cette multiplication de pouvoirs locaux correspondait à un choix comtal qui permettait à Baudouin IV de s’attacher le soutien de subordonnés qui n’avaient de légitimité qu’en raison de leur attachement au comte. Je me pencherai dans un prochain post sur la position dans ce débat de Warlop, auteur de l’irremplaçable somme « The Flemish nobility before 1300 ».

Un renversement de la politique flamande

Vanderkindere est plus prolixe que Platelle sur « l’évolution remarquable de la politique flamande » sous Baudouin IV puis Baudouin V. En effet, ce dernier, fils et successeur du précédent, accentua encore cette nouvelle agressivité à l’égard de l’empire allemand et dans le cas présent de l’empereur Henri III. Baudouin V entra dans la coalition formée contre Henri pour soutenir les revendications de Goddefroy le Barbu sur le duché de Lotharingie. En parallèle de diverses campagnes militaires, Baudouin réussit un coup de maître politique en absorbant sans une goutte de sang le Hainaut grâce à la promesse de mariage (1051) de Richilde, veuve du comte de Hainaut, avec le futur comte Baudouin VI de Flandre. C’était une infraction au code féodal qui rendit furieux Henri III. Mais, en dépit de plusieurs années de bataille pour se venger, l’empereur dut s’incliner et reconnaître ce mariage en décembre 1056.
Pour Vanderkindere, « les règnes de Baudouin IV et Baudouin V ont eu une importance capitale pour le développement de la puissance flamande. L’ancien comté de mouvance française s’appuyait désormais solidement sur l’Allemagne impériale ». Vanderkindere rejoint donc sur ce point Platelle : à la mort de Baudouin V, le comté de Flandre est à son apogée.

mardi 2 août 2011

comté de flandre vers 1300

Les origines du comté de Flandre

A la fin des années 1980 les Editions du Beffroi avaient entrepris de publier une vaste série en six volumes retraçant de la Préhistoire à nos jours l’histoire des provinces du nord de la France. Le projet n’ayant pu aboutir entièrement chez l’éditeur initial, il avait été repris par Artois Presses Universités. C’est ainsi que fin 2008 est sortie la réédition des tomes originellement publiés en 1989. Pour ma part, je m’intéressais avant tout à l’ouvrage, rédigé par Henri Platelle et Denis Clauzel, intitulé « Histoire des provinces françaises du Nord : des principautés à l’Empire de Charles Quint 900-1519 ». Il faisait ainsi partie de mon bagage pour les vacances…
En dépit des tentatives constantes de l’environnement naturel des îles Eoliennes pour me détourner de cette somme érudite (bruit des vagues, senteurs de la végétation, appel de l’apéritif) j’ai conservé toute ma concentration et mené à bien ma lecture… Sans grands mérites d’ailleurs car elle est passionnante et tragique l’histoire de nos provinces ! Refermant le livre, ma première pensée allait à tous nos ancêtres qui avaient eu bien du mérite à survivre aux désastres qui s’étaient régulièrement abattus sur nos plaines. Campagnes militaires, épidémies, catastrophes naturelles… C’est un petit miracle si certains sont passés entre les gouttes pour que nous soyons ici à écrire leur histoire !
Je n’ai pas l’ambition ici de faire une note de synthèse détaillée de l’ouvrage et de son apport à la connaissance de l’histoire régionale, mais plutôt de m’attarder sur certains aspects ou certaines périodes et de résumer à gros traits les conclusions de l’ouvrage pour ceux que le sujet intéresse mais qui n’ont pas cinq jours de calme absolu à consacrer à sa lecture…

L’essor des principautés

Henri Platelle (qui nous a quitté à la mi juillet à 90 ans passés) ouvre l’ouvrage avec un chapitre qui résume sa position. C’est au cours de la période initiale, à partir de l’an 900, qu’on a assisté à « la naissance des petites patries ». Mais cette naissance est le fruit d’une longue gestation. En effet, « même sous la monarchie carolingienne, nos régions ne présentaient aucune unité particulière ». Le système des missatica (ressorts d’inspection) était léger et d’une efficacité limitée. De plus ces terres « avaient connu une influence germanique plus précoce et plus intense qu’ailleurs : elles étaient devenues une zone de contact linguistique ». Enfin, une frontière fixée sur l’Escaut (résultat des traités de Verdun en 843 et Ribémont en 880) coupait en deux ces territoires.
Pendant une grande partie de l’époque carolingienne, « les hauts lignages aristocratiques avaient semble-t-il pu compenser par leurs actions certaines faiblesses de l’ Etat », mais du fait de leur patrimoine immense et dispersé, ils n’étaient pas particulièrement enracinés dans la région. Les choses changèrent à partir de 880 environ lorsque ces familles se replièrent à l’intérieur des royaumes, notamment du fait des invasions normandes qui révélaient définitivement l’impuissance du pouvoir royal et accéléraient une restructuration sociale et politique.
De nouveaux centres d’autorité apparaissent alors mais pas partout en même temps, et en ne suivant pas forcément le même rythme. « Le mouvement aura été beaucoup plus précoce sur la rive gauche de l’Escaut que sur la rive droite : il y a un comté de Flandre quasiment autonome dès la fin du IXe siècle ».
Si l’évolution a été divergente des deux côtés du fleuve, c’est qu’en Flandre le pouvoir royal ne se faisait plus guère sentir après les invasions normandes, tandis qu’il demeurait bien présent en Lotharingie (rive droite de l’Escaut).

Les origines du comté de Flandre

Le comté est né d’un mariage en 863 préparé par un rapt : l’union de Baudouin 1er et Judith, fille du Roi Charles le Chauve. Ce Baudouin est considéré comme le dernier des comtes fonctionnaires mais on ne sait pas grand-chose de son action. C’est sous son fils Baudouin II dit le Chauve que la principauté flamande va se développer. « A l’origine, son autorité s’exerçait essentiellement entre la Mer du Nord et Courtrai, entre Ardenburg (NDLR aujourd’hui aux Pays Bas) et Cassel. Puis elle progressa largement, à l’aide surtout d’usurpations aux dépens de biens ecclésiastiques ».
Sous Arnoul, fils du précédent, on assista à la consolidation et l’extension du domaine comtal. Cependant, il avait à faire désormais face aux appétits des princes voisins, alors que le pouvoir royal était « en pleine décomposition ». Rusé, le comte Arnoul, joua des ambitions croisées de ses rivaux (notamment les Vermandois et ducs de Normandie). Malheureusement, sa succession  n’était pas pleinement  assurée lorsqu’il s’éteignit en mars 965 puisque son fils était encore mineur, ce qui remettait dans le jeu le pouvoir royal qui revendiquait sa tutelle.
Cependant le danger essentiel ne venait pas de Paris, mais de l’intérieur du comté lui-même. En effet, la fragmentation du pouvoir carolingien trouvait son pendant un siècle et demi plus tard avec un émiettement territorial au sein des principautés : alors que le pouvoir avait glissé des mains du Roi dans celles des princes, les subordonnés de ces derniers se taillaient maintenant « des principautés minuscules en s’appropriant terres et droits jusque là détenus au nom du comte ». Baudouin IV, le nouveau comte, su faire la part des choses en acceptant ce nouvel état de fait dans la partie sud de son comté, mais pas au cœur de son pouvoir, dans la partie nord de la Flandre.
Le comté de Flandre reprit alors ses velléités d’extension territoriale, en direction de la Lotharingie. Le comte se préoccupa aussi de sécuriser une alliance prestigieuse pour son fils Baudouin V. Ce dernier épousa en effet Adèle de France, fille du Roi Robert le Pieux. Baudouin V lui-même trouva des époux et épouses avantageux pour ses propres enfants, dont Guillaume de Normandie pour sa fille Mathilde et Richilde de Hainaut qui épousa son fils Baudouin, ce qui promettait à terme un regroupement des deux comtés.
« Quand Baudouin V mourut à Lille le 1er septembre 1067 il était à l’apogée de son prestige comme beau-père du Roi d’Angleterre et tuteur du Roi de France. »
A SUIVRE

dimanche 10 juillet 2011

Geographic and genetic distance

In the previous post, we saw how Cavalli Sforza was criticizing the concept of “racial purity”. He then spends some time in his book to clarify the concept of “genetic distance” between populations. C. Sforza describes the “genetic distance” as a difference between percentage frequencies of the form of a gene.
In order to contrast the populations, there is a need to synthetize a vast amount of genetic information, in other words it is essential to average the distance between two populations over many genes if one wants reproducible conclusions. But, it is worth noting that most of the formulas currently used to calculate genetic distances provide very similar results overall.
The main conclusion of the various studies is that the genetic distance between two populations generally increases in direct correlation with geographic distance separating them. This derives from the observation that while most spouses are selected from within their own villages or town, or part of a city, a small proportion is chosen from neighbouring ones.
But, while the increase of genetic distance with geographic distance may be linear at first, over a greater geographic distance, the increase in genetic distance slows sharply. The two characteristics of the curve – the rate (or slope) of the initial increase, and the maximal value reached by the genetic distance over a great geographic distance- are different in every continent. However, studies show that they are slightest in Europe, which is the most homogeneous continent. The maximal genetic distance within Europe is three times smaller the on the least homogeneous continents. Despite political fragmentation, migration within Europe has been sufficient to create a greater genetic homogeneity than elsewhere.

What is a race, then?

A race is a group of individuals that could be recognized as biologically different from others. To be scientifically “recognized” the differences between a population that we would like to call a race and neighbouring populations must be statistically significant according to some defined criteria.
C. Sforza’s experiments have shown that even neighbouring populations (villages or towns) can often be quite different from each other. But, classifying the world’s population into several thousands or a million different “races” would of course be completely impractical. So, what level of genetic divergence would be necessary to determine boundaries for the definition of a “racial difference”? Because genetic divergence increases in a continuous manner, it seems obvious that any definition or threshold would be completely arbitrary. C. Darwin had understood that geographic continuity would frustrate any attempt to classify human races. The US census is itself a proof of the theoretical difficulties of race classification, mixing ethnicity, history and language.
The observation has been made that almost any human group, from a village in the Pyrénées or the Alps to a Pygmy camp in Africa, displays almost the same average distance between individuals: any small village typically contains about the same amount of genetic variation as another village located on any other continent. Regardless of the type of genetic markers used (selected from a very wide range), the variation between two random individuals within any one population is 85% as large as that between two individuals randomly selected from the world’s population.
It seems therefore wise to C. Sforza to abandon any attempt at racial classification along the traditional lines. But he then points out that from a genetic point of view, the most meaningful social group is the one in which one is likely to find a spouse. This social group has, for anthropologists an average or “ideal size” of more or less five hundred individuals. The geneticist looks for its part at groups of 5000 to 500.000 individuals. Within this group, people would have greater genetic similarity than two random individuals because they would share significantly more ancestry, even more if the group has been defined on the basis of endogamous behavior (tendency to marry within the group).

arrivée des huguenots français

du nouveau sur les huguenots nordistes en Afrique du Sud!

Suite à la publication de mon article, Bernard Chovaux a fait des recherches dans le fonds notarial de Saint Omer sur Gérard HANSERET émigré en Afrique du Sud en 1701.
La synthèse de ses trouvailles sur
http://bchovaux.typepad.fr/blog/2011/07/migrants-de-saint-omer.html

mardi 28 juin 2011

Les colons flamands en Afrique du Sud ou le fantasme du généalogiste

Cet article est paru pour la première fois dans « Nord Généalogie» numéro 170 de septembre 2001. Il a été revu, modifié et complété en mai 2011 pour le site web du
Vlaamse Vereniging voor Familiekunde (principale association généalogique flamande de Belgique)


     Lors d'un séjour de deux ans en Afrique du Sud, je m'étais intéressé aux flux migratoires de la deuxième moitié du XVIIe siècle à destination de ce pays et en provenance de la Flandre et de l'Artois.

I)  LE FANTASME DU GENEALOGISTE

Lorsque l'on s'intéresse à ces migrations, on comprend rapidement que les recherches familiales en Afrique du Sud répondent à plusieurs fantasmes du généalogiste moyen.
L’introduction de l’ouvrage de référence de Christoffel COETZEE DE VILLIERS « Genealogies of old South African Families »[1] précise ainsi qu’il n’y « avait pas un autre pays au monde où puisse exister un ouvrage contenant la totalité des archives généalogiques des différentes familles composant le pays depuis sa fondation ». Remarquons qu’à cette occasion, l’auteur élimine d’un revers de main les plus de 35 millions (sur plus ou moins 43 millions) de Sud-Africains actuels qui descendent des populations noires originelles ou des migrants indiens… Néanmoins, l’idée de base est là : il est tout à fait fascinant de se pencher sur les généalogies de familles de colons blancs car l’on atteint alors au rêve de tout généalogiste  :

1)       Remonter jusqu’à l’ancêtre originel, fondateur de la « dynastie »
2)       Relier entre eux les porteurs d’un même nom (sauf dans quelques rares cas où plusieurs colons portant le même nom mais sans lien de sang, se sont installés à la même époque en Afrique du Sud).

En résumé, cela veut dire que vous pouvez être assuré d’une parenté avec la personne que vous rencontrez et qui porte le même nom que vous ! Notons la dimension religieuse avec ce raccordement jusqu’à un mythique couple « Adam et Eve » à l’origine du monde. Il n’est pas innocent que la généalogie soit particulièrement développée au sein de la communauté dite « afrikaner[2] » dont la piété et le sentiment d’être le « peuple élu » constituaient les piliers de leur identité.

II)  LES HUGUENOTS

Les mariages entre les diverses communautés issues d'Europe occidentale furent quasiment la norme lors des deux ou trois premières générations installées dans la région du Cap. Les autorités de la colonie s'étaient rendus compte des menaces sur l’homogénéité de la communauté du fait de la diversité linguistique et ethnique des arrivants. Une politique d’éparpillement géographique des terres attribuées aux huguenots[3] avait ainsi limité les mariages entre membres de la communauté francophone, et la promotion active du néerlandais avait donné le coup de grâce à la pratique de la langue française en Afrique du Sud, malgré le désir des premiers colons de préserver leur identité. Comme l’ont très bien montré MM. Derreumaux et Delvinquier (dans "Nord Généalogie" numéro 167), les traces de la présence française en ces terres lointaines se retrouveront seulement dans les noms des fermes et vignobles de la région du Cap, en particulier dans la région de Franschhoek (la vallée française).
Les Sud-Africains attachent une grande importance au nom de famille. Sera considéré comme descendant de huguenot celui qui porte un nom français, alors que ce ne sera pas le cas de celui qui a vu ses branches huguenotes peupler sa généalogie maternelle. De la même manière, il est très fréquent de donner au premier fils le prénom de l’ancêtre originel huguenot.

III)  L’ORIGINE DES COLONS EUROPEENS


Quelle a été l’influence huguenote en termes démographiques ? Question difficile à laquelle on ne peut apporter de réponse définitive. La composition « ethnique » de la population afrikaner (on laissera ici de côté la partie de la population sud-africaine descendant de colons britanniques arrivés plus tardivement) est un perpétuel sujet de discorde. Pour les paragraphes qui suivent, je me suis appuyé sur l’ouvrage « Genealogies of old South African families » qui figure en bibliographie.
Le premier à se pencher sur la question des origines des colons fut G. Mc Call Theal qui déclara en 1897 que cent ans auparavant, en 1797 donc, les deux tiers des Afrikaners descendaient de Néerlandais, un sixième de Français et le reste d’Allemands et d’autres origines. Il reconnaissait cependant que ce n’était pas l’origine qui importait mais plutôt la date d’arrivée du premier colon de la famille et la fertilité des mariages. En 1902, Colenbrander fit de nouvelles recherches et estima qu’en 1806, les Afrikaners (ou Afrikanders) étaient pour 50 % d’origine néerlandaise, 27% d’origine allemande, 17% d’origine française et 5% d’autre origine. Il estima que la proportion des populations blanches des républiques Boers ne changea pas après cette date car jusqu’à la fin du XIXe siècle, les Boers (paysans d’origine néerlandaise) n’épousaient pas d’anglophones. Cependant, d’autres auteurs estimeront que les Boers étaient surtout d’origine allemande (sur les 1391 colons arrivés au Cap avant 1806, 745 étaient d’origine allemande). Bosman publia une nouvelle étude en 1923 qui fait grosso modo encore foi : 53% de Néerlandais, 28% d’Allemands, 15% de Français et 4% d’autre origine.


IV) COLONS HOLLANDAIS, ALLEMANDS OU FLAMANDS?

Le problème principal de ces études statistiques sur l’origine des colons est un problème de dénomination. Le terme de « Néerlandais » ou « Hollandais » devrait, pour certains, être étendu à d’autres que ceux qui vivaient à l’intérieur des strictes frontières des Provinces Unies. Par exemple, la plupart des émigrants allemands parlaient le bas-allemand et n’étaient pas considérés comme étrangers par les Hollandais du XVIe, en effet, le territoire au sud-est de Cologne formait une unité culturelle avec les Provinces Unies. Même au XVIIe, la frontière politique, linguistique et culturelle était plus que mouvante (immigration continue de « pauvres » allemands vers les « riches » Pays Bas). Il fallut attendre longtemps pour que la division politique créée par le Traité de Westphalie en 1648 devint une division culturelle. C’est la conquête par la Prusse de ces territoires qui fit remplacer le bas-allemand par le haut-allemand. Avant cette date, de nombreux territoires aujourd’hui allemands avaient été aux mains des Pays Bas et en conséquence, de nombreux habitants de ces régions s’engageaient dans les Compagnies des Indes Orientale et Occidentale. Rappelons enfin que l’Allemagne en tant qu’unité politique n’existait pas à l’époque.
Les mêmes remarques peuvent être appliquées à la Flandre, néerlandaise culturellement et linguistiquement mais divisée politiquement. Cette fois-ci le problème de dénomination ne se pose pas avec les voisins néerlandais du nord mais avec les voisins français du sud. En 1943, Dom A. Smits publie « De betrekkingen tussen Vlaanderen en Zuid-Afrika » (« Les liens entre la Flandre et l’Afrique du Sud ») qui est aussi une étude de l’origine des émigrants « français » : 58 des 164 familles listées par C. Graham Botha comme étant d’ascendance huguenote venaient des Flandres françaises. L’auteur s’interroge sur le fait qu’ils aient pu quitter leur région en raison de la récente conquête de ces territoires par la France. J.E. Van Driesche précise dans son « Histoire de Tourcoing » que l’émigration s’est aussi faite en raison de l’effondrement de l’industrie du tissu car la Flandre se trouvait désormais coupée de ses acheteurs. M. Smits estime que leur rapide intégration aux colons hollandais serait due à la pratique de la langue flamande par ces colons « français ».

Ce débat sur les origines des colons n’est bien entendu pas clos et doit éviter plusieurs écueils dont celui de tomber dans l’argument émotionnel ou raciste. Un pur regard géographique n’est pas suffisant pour répondre à cette question car il faudrait étudier bien plus en détail d’autres documents pour déterminer l’appartenance à un groupe culturel. De même, la descendance en ligne masculine a seulement une signification juridique et sociale mais pas biologique puisqu’elle ne représente qu’une infime partie du tout.


V)  LISTE DES EMIGRANTS 


La première partie de la liste des émigrants nordistes et flamands est parue sous la plume de MM. Derreumaux et Delvinquier ("Nord Généalogie" numéro 167). La deuxième partie est le fruit de mon travail et complète la première avec les émigrants arrivés bien après la première vague de 1688-1690.
La première liste est basée sur l'ouvrage de Pieter COERTZEN "The huguenots of South Africa 1688-1988" Tafelberg. Le Cap. La deuxième liste est basée sur les livres cités en bibliographie.


PREMIERE PARTIE:

-       François BASTIAANS originaire d'Armentières et arrivé avant octobre 1686
-        Abraham BELUSET originaire de Calais, arrivé en 1688
-     Josse, Theunis et Francine BEVERNAGE, originaires de Courtrai et/ou Nederbrakel, arrivés vers 1700.     Francine avait épousé à Steenwerck Jacques MOUTON (voir plus bas)
-       Engelbert CAUCHETEUX originaire de Marck et/ou Calais, arrivé en 1690
-       Marie de GRAVE originaire de Fleurbaix, arrivée en 1683
-       Guillaume et Marie de HAAS, originaires de Lille, arrivés vers 1700
-    Nicolas DELANOY (x Marguerite de FRANCE) et leurs enfants Marie, Nicolas, Mathieu, Suzanne et François, tous originaires de Guines ou Calais, arrivés en 1688
-         Jacques DELPORTE (originaire de Lille) et son épouse Sarah VITU, arrivés en 1699
-     Louis de PERONNE, originaire de Nazareth (Oost Vlaanderen) arrivé en 1687 comme soldat de la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales
-      Hercule DESPREZ et son épouse Cécilia DATIS originaires de Courtrai, arrivés avec leurs enfants Elisabeth, Hercule, Marie Jeanne, François Jean, Jacquemine et Philippe en 1688
-         Philippe DROUIN originaire de Calais, arrivé en 1698
-     Pierre DUMONT, originaire de Calais, arrivé en 1696 et remarié à Cécilia DATIS veuve de Hercule  DUPREZ
-         Marie Catherine DURIER, originaire de Lille, arrivée en 1700
-         François et Guillaume DUTOIT originaires de Lille et arrivés en 1686
-         Anne GOUDALLE originaire de Guines ou Calais arrivée en 1688
-        Gérard HANSERET originaire de Saint Omer, arrivé en 1701 avec son épouse Gabrielle WAVRAND
-     Pierre LEFEBVRE et Marie de GRAVE originaires de Fleurbaix arrivés en 1683 avec sa soeur Barbe LEFEBVRE et son fils Guillaume LEFEBVRE
-        Jean MANIER originaire de Calais, arrivé vers 1689
-       Jacques MOUTON, originaire de Steenwerck, arrivé en 1699 avec 3 enfants issus de son premier mariage avec Catherine LHERMITTE: Marie, Madeleine et Marguerite
-       Daniel, Jacques et Jean NOURTIER, trois frères originaires de St Blaise près de Guines et arrivés en 1688 avec l'épouse de Daniel, Marie VITU, originaire de Guines ou Calais
-    Charles PREVOST et Marie LEFEBVRE originaires de Dombrie arrivés en 1688 avec leurs enfants Abraham, Anne, Elisabeth et Jacques
-      Jean ROGIER ou ROSIER originaire de Moortseele (Oost Vlaanderen) ou Courtrai, arrivé en 1699 comme soldat

DEUXIEME PARTIE:

-          Jean DE BUS (marié à Sarah JACOB) arrivé en 1688 serait né le 06/09/1670 à Guines de Jean DEBUS et Elisabeth DELEBECQUE
-          Sarah JACOB (marié à Jean DE BUS) serait née le 06/10/1677 (baptisée le 31/10/1677) à Guines  de Pierre et Suzanne DE VOS. Ce couple a eu comme autre enfants Suzanne (née à Calais) et Daniel (né à Vieille Eglise, près de Calais, en 1673)
-          Alexandre Bertinus DANEEL. Arrivé de Poperinge et marié en Afrique du Sud en 1800
-          Joost Pietersz et Burger Pietersz VAN DYK arrivés d’Ysenberg (Flandres) vers 1695
-          Guillaume HEEMS. Arrivé de Bruges en 1673
-          Pieter KEMP. Arrivé de Bruges en 1715
-          Maximilien DE HUVETTER. Arrivé de Bruges en 1719
-          Johannes François CLEENWERK. Arrivé de Bruges en 1787
-          Willem KOEKE de « Petegem près de Deynse » (Flandres) marié sur place en 1793
-          Pierre Joseph DE KOOPMAN de Cassel, marié en 1810
-          Pieter François LE CLUS de Gent (né le 27/02/1758, marié en 1786)
-          Frans MASSIN. Arrivé de Gent en 1778
-          Suzanne COSTEUX ( ou COCHETEUX) née à Marck de Esaias et Suzanne ALBERT
-          Jacques MOUTON de « Steenkerken  près de Lille » épouse Catherine LHERMITTE de « Steenkerk » puis en troisième mariage Francine DE BEVERNAGE de « Neerbrakel près d’Oudenaarde » (Flandre) voir première partie
-          Jan Frederik MULLER. Arrivé d’Ostende et marié sur place en 1807
-          Egidius Charles OLIVIER. Arrivé de Mechelen (Belg.). Marié sur place en 1795
-          Jacob Joseph PEROT. Arrivé de « Luik » (Belg.) en 1771
-          Marie Angèle VAN DER CRUYCE. Arrivée de Cassel en 1760 (née vers 1745)
-          Cosmos Joseph et  Pierre Jacques RADEMAN. Arrivés de Courtrai en 1767
-          Johannes Hendricus ROSELT . Arrivé de Mechelen (Belg.). marié sur place en 1788
-          Maria DE HAASE de Lille, fille de Guillaume et Marie Catherine DURIER (épouse Jean LEROUX, arrivé en 1690 de Normandie)
-          Philippe Joseph Léonard RYKHARD. Arrivé de Mechelen (Belg.) et marié sur place en 1790
-          Jacob TALJAARD. Arrivé de « Doornik » (Flandre) en 1749
-          Adam TAS né vers 1668 de Jean TAS, « commis des recherches » de « Ommerfort in Overryssel » (Saint Omer ?)
-          Marie Jeanne DES PREZ, qui épouse Jacques THERON en 1697, est aussi décrite comme venant de Béthune
-          Jean DUVAL de « Duinkerken » (Dunkerque ?) marié sur place en 1763
-          Pieter VISAGIE. Arrivé d’Anvers en 1657
-          Jean Baptiste DE VOS . Arrivé de « Severghem » (Flandre) et marié sur place en 1787
-          Pieter VAN DER WESTHUYZEN. Arrivé de Bruges en 1662
-          Jacomina CARTENIERS. D’Oudenaarde
-          Antoine ASSERON. Arrivé de Bruxelles et marié sur place en 1788
-          Louis Pierre AVENANT. Arrivé de Bruxelles et marié sur place en 1807
-          Jean François AWART. Arrivé de Bruxelles et marié sur place en 1819



BIBLIOGRAPHIE :
(la difficulté de diversifier ses sources vient de la publication de la majorité des documents en afrikaans. Je me suis donc appuyé sur les sources anglophones qui , pour certaines, figuraient dans des ouvrages publiés dans les deux langues)

C.C. DE VILLIERS. « Genealogies of old South African Families ». A.A. Balkema. Le Cap/Rotterdam. 1981. 2 volumes
J.A. HEESE et R.T.J. LOMBARD. « South African Genealogies » Pretoria. 1986. Tome A jusqu’à C
Manfred NATHAN. « The Hughenots in South Africa ». Le Cap. 1939
C. Graham BOTHA . « The French Refugees at the Cape » Le Cap. 1919






[1] voir bibliographie
[2] Les Afrikaners sont les colons principalement d'origine hollandaise (mais également française ou allemande) qui sont arrivés en Afrique du Sud dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Le terme regroupe les locuteurs de la langue afrikaans.
[3] Protestants ayant quitté la France pour se rendre aux Pays Bas ou en Angleterre après la révocation entre 1660 et 1685 de l'édit de Nantes qui reconnaissait la liberté de culte, et la politique de conversion au catholicisme sous Louis XIV.